Psychothérapeute – Addictologue – Gérard Yves Cathelin à Château Thierry (02) & La Ferté-sous-Jouarre (77)

La société dysfonctionne

La société dysfonctionne

Dans Psychologie

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Réflexion sur base de Gilets Jaunes

Gérard-Yves Cathelin, le 30 décembre 2018

 

La société dysfonctionne, car l’humain n’a plus la volonté de transmettre un message. Il y a ainsi un double refus de communication (l’émetteur envoie un message de domination, le récepteur reçoit et refuse d’être dominé). C’est ainsi que se crée un « Mal Entendu » et un « Mal Dit » de la part du récepteur et de l’émetteur.

On n’observe plus le désir de la transmission de l’être, car bien communiquer c’est transmettre une identité, une information concernant cette identité culturelle à autrui. Il n’y a plus alors la transmission du code symbolique langagier culturel d’où cette « disidentité ».

Les manipulateurs créent assez de facteurs parasites pour gommer notre appartenance culturelle.

La Société dysfonctionne - Cathelin

La véritable communication suppose un échange et un partage afin d’apporter du renouveau à l’être culturelle. De cet échange naît l’utilité et l’approfondissement de chaque culture.

Actuellement les « gilets jaunes » et autres personnes ignorent les clefs informationnelles des manipulateurs au pouvoir. Ils ne peuvent donc ni recevoir, ni décoder, ni assimiler. Il en découle le révolte et l’abêtissement des personnes face au pouvoir.

Il y a supériorité du dominant. Le langage et la communication s’évaporent et disparaissent au profit du dominant et au détriment du dominé.
L’homme « subalterne » se trouve ainsi privé d’audience dans les assemblées dominantes.

Partager c’est pratiquer l’humilité et la modestie. Ces deux éléments disparaissent aussi.

L’humain ne s’intéresse plus à autrui sauf s’il veut en tirer un profit.

L’affect ne transparaît plus dans l’identité. Le pouvoir manipulateur cherche à laisser son empreinte sur le « dominé culturel  » afin que la culture soit gommée de son intellect.

Le message du dominant a pour but de modifier l’état de l’être culturel afin qu’il aille vers le « desêtre » et modifier son état affectif. La persuasion est ainsi générée pour annihiler toute appartenance culturelle. C’est ce qu’on appelle une action instrumentale alloplastique.

 

Mac Luhan[1] nous dit « On s’imagine habituellement dans le monde où nous vivons que la communication est de quelque chose de normal qui se produit à chaque instant. En fait transmettre est une opération d’une difficulté extrême, dans le sens d’une correspondance exacte, point par point de ce qui est dit, fait, pensé, éprouvé entre plusieurs personnes, c’est la chose la plus rare qui soit au Monde.  Dans toutes les formes de relations humaines, nous sommes sans cesse en train d’improviser des interprétations à propos de ce que nous faisons, voyons, entendons. Nous improvisons des réponses qui nous permettent de rester en relation avec nos semblables ou d’ imposer de façon arbitraire notre point de vue. »

Le pouvoir manipulateur joue sur notre émotionnel afin de le rendre malléable à ses idées. Il empêche à l’être culturel de prendre de la distance face à ce discours de pouvoir. Il envahit ainsi l’espace émotionnel. Ainsi, le grand manipulateur détruit toute relation communicative active. Il empêche toute compréhension de la nature culturelle par la fermeture à l’autre différent de son esprit. C’est un défaut et un refus d’écouter la personne culturelle. Il n’y a plus cette intense audition et écoute qui éviteraient que prévalent l’égocentrisme et le narcissisme.

Pour Freud[2], « la cohésion communicative groupale provient de l’identification de ses membres à un même Idéal Du Moi« . Ainsi le pouvoir dominateur cherche à être l’Idéal du Moi des membres sociaux.

 

Quant à Mélanie Klein[3] elle détermine une double dimension dans tout groupe:

  1. Névrotique. Ce serait le groupe directif qui développe une attitude d’ambivalence envers l’autorité.
  2. Ce serait le groupe non directif qui détermine une régression archaïque, préœdipienne, avec angoisse de morcellement, de persécution, de dépression.

 

Lewin[4] envisage les conduites humaines comme résultantes non seulement du champ des forces psychologiques, individuelles, mais celui des forces propres au groupe auquel l’individu appartient.

Ce qui détermine comme exemple:

  • LA FOULE qui rassemble un grand nombre d’individus apathiques devant un meneur qui amène des émotions paroxystiques.
  • LA BANDE, les membres d’une même bande recherchent du semblable et renforcent l’identification au même.
  • LE GROUPEMENT, qui est un élément qui a pour but de confier à des représentants actifs, La défense d’intérêts communs.

 

 

Lewin définit le groupe comme un tout qui ne se réduit pas à la somme des parties, le groupe serait un double système d’interdépendance entre les membres d’ une part, et entre les éléments du champ d’autre part.

 

C’est ce système d’interdépendance qui explique les conduites groupales.

 

Cette conformité au groupe peut être source de résistance au changement ou être mise au service du changement. Le groupe forme ainsi une relation de type onirique avec une communauté de symptômes, de fantasmes et d’identifications (ce que l’on trouve chez les « gilets jaunes »).

Les personnes sont ainsi reliées au travers d’organisateurs inconscients et sont prisonnières du désir pulsionnel des organisateurs ou manipulateurs. Cette adhérence à un discours d’un meneur concerné et renvoi chaque  personne à un fantasme relié à une structure familiale inconsciente.

Le modèle psychique sous-jacent peut être le rapport avec les frères, sœurs, au corps parental car il scelle le contrat de la fondation du lien.

Dans un dialogue de groupe, l’on peut voir émerger une paralysie de la pensée, un ressassement, une obnubilation servant de nourriture pour la haine ravageuse contre le pouvoir étatique.

Le but des  » gilets jaunes  » est d’instaurer une pensée par la médiation de leur parole contre le discours conventionnel des hommes politiques, cette énonciation parodique sert de liaison pour développer l’agressivité contre le pouvoir en place.

Le groupe « gilet jaune » tentent de former une unité groupale sur un arrière-plan d’indifférenciation dans lequel chaque personne seule n’a pas d’existence propre. Ils appartiennent aux « gilets jaunes  » Derrière tout cela, il y a une peur; Celle que le mouvement se désintègre, cette crainte fait que le groupe cherche à continuer à exister à tout prix. Les gilets jaunes se présentent comme un ensemble visant à englober et à imprimer une marque distinctive sur la pensée sociale, la psyché des français. Ce mouvement se reconnaît essentiellement par le sentiment de l’unité du tout et s’exprime par le NOUS. Cela implique même par force un souhait de solidarité pour impliquer une identification mutuelle. La liaison communicative se constitue alors avec ses valeurs propres.

La participation conjointe donne  à chaque sujet individuel, une capacité d’exercer une pression et une influence sur le pouvoir en place et ces communications forment une force centripète. Ce qui veut dire que la liaison des membres du groupe l’emporte sur l’autonomie et la liberté de chaque sujet individuel.

Ce groupe commence à devenir « ethnique ». Il se vit comme un groupe fermé, tendant à créer une culture homogène, parlant une langue commune. Cette théorie ethnique correspond à la formulation des meneurs.

Je me répète mais toute communication dans un groupe se constitue sur des rapports Parents-Enfants, c’est cela leur véritable système relationnel.

Freud nous dit: « Hors du langage, il n’y a pas d’accès à l’Être« . Ainsi, si les gilets jaunes n’arrivent pas à dire, se dire, ils réagissent comme s’ils étaient hors langage.

Ils veulent véhiculer leurs pensées pour ressentir de l’Avoir dans leur Être.

Nietzsche[5] nous dit: « Il faut avoir du chaos en soi pour accoucher d’une étoile qui danse« . Chaque membre de ce mouvement doit être à même de potentialiser son chaos pour permettre au groupe la création de nouveaux liens symboliques contre la société française. Ils veulent ainsi mettre en échec l’équipe dirigeante par des actes hétéro destructeurs agressifs.

Pour Freud, l’origine de toute communication et dialogue dans un groupe se réfère à la horde primitive dirigée par « le Vieux », figuration de l’omnipotence narcissique individuelle.

La foule s’unit actuellement pour procéder « Au Meurtre du Père  » désigné comme Emmanuel Macron, et de se partager son corps.

 

Mais la Loi définit contre les gilets jaunes deux tabous:
1/ Ne pas tuer le Totem (le Président de la République substitut du père)
2/ Ne pas prendre la place du Père par la force.

 

L’illusion de ce groupe « gilet jaune  » est d’être aimé, d’un amour égal à celui du Président par les français.

 

Actuellement au sein de ce rassemblement je peux noter des angoisses archaïques de persécutions, de dépression et une angoisse de morcellement d’où la volonté farouche de continuer à tout prix « la vie » de ce mouvement.

L’illusion de ce groupe tend vers une tendance à un état fusionnel collectif qui exalte les fantasmes de destruction de la société institutionnelle.

 

Au sein du mouvement des Gilets Jaunes je peux dégager:

  • Un fantasme individuel,
  • Un imago[6],
  • Un fantasme originaire[7],
  • Un complexe d’Œdipe[8],
  • Une enveloppe psychique groupale.

Ainsi ce mouvement se détermine comme « Bon Objet » face au « Mauvais Objet » qui pour eux est l’Etat.

 

Les personnalités individuelles sont gommées pour avoir un consensus identificatoire. Cette identité est ce qui rend semblable à moi-même et différent des autres, autrement dit « la Masse Dirigeante ». Je n’oublie pas que la notion d’identité est ce pourquoi je me définis et je me connais, ce par quoi je suis reconnu et accepté par autrui. L’identité est ce que tout sujet tient à affirmer de son existence et qu’il existe en tant que parletre[9] (être parlant terme lacanien).  Pour se valoriser, les gilets jaunes se présentent comme des révolutionnaires coopératifs et créatifs pour que l’identité individualiste soit en relation avec cet autre intérieur, ce fantôme d’autrui que chacun porte en soi.

Dans toute société, les personnes incarnent un discours parolique (par le discours)  qui est une histoire singulière[10] des histoires particulières (de chacun), singulières, qui ne prennent sens que par la qualité d’intégration et d’écoute au sein d’un groupe.

L’individu se constitue comme sujet social au sein du dit groupe qui dit « JE » et fait entrer ce « JE » dans l’ordre symbolique en tant que signe qui circule entre ceux qui l’accueille.

Le groupe ainsi agit en tant que délégué et représentant de la société française des travailleurs, il possède sa temporalité, et crée sa propre mythologie.

Les gilets jaunes  créent une discipline qu’il faut suivre sinon l’entité devient dissidente[11] cognitive[12]  et se trouvera rejetée.

Pour Durkeim[13]  » les membres de la société se conforment aux normes collectives, parce qu’ils adhèrent aux systèmes de croyance et sentiments admis dans le groupe« .

 

La société établit est pour le groupe déviante, c’est pour cela que ce mouvement cherche à prendre le pouvoir et par la suite faire là même chose que la société qu’il combat.

Ce mouvement nie et refuse toute proposition qui lui est faite en cherchant de modifié la société dans son ensemble, car dans cette société groupale les personnes fragiles psychologiquement éprouvent un sentiment fort et profond d’appartenance.

 

Cette nature montre que l’interaction sociale au sein d’une communauté est déterminée par les sélections d’informations dont le groupe a besoin.

 

Gérard-Yves Cathelin, le 30 décembre 2018

 


Réflexion personnelle qui fait suite à celle de Gérard-Yves Cathelin:

 

A cette réflexion complète, je rajouterai pour l’illustrer, un extrait de l’analyse de Kevin DUTTON, professeur en psychologie à Oxford et membre de la Société royale de médecine et de la Société pour l’étude scientifique sur la psychopathie qui a écrit, entre autres ouvrages, « La sagesse du psychopathe »[14].

 

La liste des symptômes de la pensée de groupe se décline comme suit:

 

  • Sentiment d’invulnérabilité conduisant à un optimisme excessif et encourageant la prise de risque
  • Rejet des avertissements susceptibles de remettre en cause les prises de positions internes
  • Croyance absolue dans la moralité du groupe poussant ses membres à ignorer les conséquences de leurs actes
  • Transformation des principaux opposants en stéréotypes
  • Pression exercée sur les membres pour s’unir contre les éventuels dissidents de l’intérieur
  • Refus des idées ayant l’air de dériver du consensus apparent
  • Illusion d’une unanimité
  • « Gardien de la pensée »
  • Membres autoproclamés défendant le groupe contre les avis dissidents

 

A la lecture de cet extrait je n’ai pu que faire le lien avec l’évolution du mouvement des Gilets Jaunes, du « soulèvement » devrais-je dire, qui, à son origine pourtant, avait un sens et une réelle légitimité.

Malheureusement, le temps a permis trop d’égarements et d’excès ainsi que l’émergence d’ego individuels qui deviennent maintenant terriblement dangereux pour la société dans sa globalité. Ils entraînent dans leurs sillages tout un pays, tout un peuple vers un destin qui semble bien sombre.

L’effet de meute que décrit si bien le professeur DUTTON est constamment visible dans les propos et débordements actuels. Les revendications partent dans tous les sens et ont totalement dilué le sens premier de la demande qui pourtant avait un sens. Les phrases se répètent en boucle, ne permettant plus aucune discussion, aucune réflexion, ni même aucune compréhension de ceux qui les scandent. Quant à ceux qui osent apporter une réflexion plus modérée ou constructive, sans parler de ceux qui ne cautionnent pas les destructions et pillages, ils se font purement et simplement muselés, s’ils ne sont pas directement menacés ou même atteints.

Que penser d’une société qui vole et détruit des camions de pompiers, empêche le passage des médecins et ambulances et qui, par ailleurs, porte plainte si ces même services ne sont pas prompt à les secourir…

Que penser d’une société qui ne veut plus payer leur participation au fonctionnement de l’état (je ne parle pas de ses excès), mais qui paradoxalement exigent encore plus d’aides sociales.

Que penser d’une société qui brûle encore et encore des péages, mais qui redoute les routes en mal entretenue.

Que penser d’une société qui empêche à la majorité d’aller travailler, provocant de nombreuses faillites et donc mise au chômages supplémentaires…

Que penser d’une société qui valorise le manque de responsabilité individuelle et rend héroïque la victimisation…

Il y a de quoi se sentir perdu.

 

Geneviève SCHMIT


 

[1] Herbert Marshall McLuhan est un intellectuel canadien. Professeur de littérature anglaise et théoricien de la communication, il est un des fondateurs des études contemporaines sur les médias.

[2] Sigmund Freud, né Sigismund Schlomo Freud le 6 mai 1856 à Freiberg et mort le 23 septembre 1939 à Londres, est un neurologue autrichien, fondateur de la psychanalyse. Médecin viennois, Freud rencontre plusieurs personnalités importantes pour le développement de la psychanalyse, dont il est le principal théoricien.

[3] Melanie Klein, Psychanalyste, née Reizes le 30 mars 1882 à Vienne et morte le 22 septembre 1960 à Londres. Elle est une psychanalyste austro-britannique, qui s’est imposée à partir de 1925 comme une personnalité importante du mouvement psychanalytique britannique.

[4] Kurt Lewin est un psychologue américain d’origine allemande spécialisé dans la psychologie sociale et le comportementalisme, acteur majeur de l’école des relations humaines.

[5] Friedrich Wilhelm Nietzsche est un philologue, philosophe, poète, pianiste et compositeur allemand, né le 15 octobre 1844 à Röcken, en Prusse, et mort le 25 août 1900 à Weimar, en Allemagne.

[6] L’imago représente le prototype de personnages qui vont influencer de façon inconsciente le rapport d’un individu à autrui, il serait fondé sur ses premières relations interpersonnelles. C’est Carl Gustav Jung qui en a proposé le terme qui a aussi été retenu pour l’une des premières revues de psychanalyse.

[7] En psychanalyse, on appelle fantasme originaire des scénarios imaginaires, d’ordre inconscient, liés à l’enfance et constitutifs du psychisme.

[8] Théorisé par Sigmund Freud dans sa première topique, le complexe d’Œdipe est défini comme le désir inconscient d’entretenir un rapport sexuel avec le parent du sexe opposé (inceste) et celui d’éliminer le parent rival du même sexe (parricide). Pour Roger Perron, le complexe d’Œdipe désigne « le réseau des désirs et des mouvements hostiles dont les objets sont le père et la mère, et des défenses qui s’y opposent ».

[9] « Parletre »: Terme lacanien signifiant « être parlant ».

[10] Histoire singulière: Qui est unique, particulier, ne concerne qu’un seul individu : Toute vie est singulière. Qui attire l’attention par son caractère étonnant, étrange, curieux : Un homme singulier qui n’a pas fini de nous surprendre.

[11] Un dissident est une personne qui se sépare d’une communauté ou parti politique dont elle était membre. Le dissident ne reconnaît plus la légitimité de l’autorité (notamment politique) à laquelle il devait se soumettre jusqu’alors, et qui conteste de façon plus ou moins radicale le système politique du pays dont il est résident.

[12] Le mot cognitif est un adjectif qualifiant les processus par lesquels un être humain acquiert des connaissances sur son environnement.

[13] David Émile Durkheim, né le 15 avril 1858 à Épinal et mort le 15 novembre 1917 à Paris1, est un sociologue français considéré comme l’un des fondateurs de la sociologie moderne.

[14] Tiré du livre: « La sagesse du psychopathe » de Kevin Dutton aux éditions Larousse, page 117

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