Psychothérapeute – Addictologue – Gérard Yves Cathelin à Château Thierry (02) & La Ferté-sous-Jouarre (77)

Dépendance affective & Relation perverse

Dépendance affective & Relation perverse

Dans Addictologie, Perversion Narcissique, Psychologie

Dépendance affective dans la relation perverse narcissique

 

 

Selon le DSM IV  la personnalité dépendante se définit comme suit:

« Besoin général et excessif d’être pris en charge qui conduit à un comportement soumis et « collant » et à une peur de la séparation, qui apparaît au début de l’âge adulte et est présent dans des contextes divers, comme en témoignent au moins cinq des manifestations suivantes »

 

  1. le sujet a du mal à prendre des décisions dans la vie courante sans être rassuré ou conseillé de manière excessive par autrui ;
  2. a besoin que d’autres assument les responsabilités dans la plupart des domaines importants de sa vie ;
  3. a du mal à exprimer un désaccord avec autrui de peur de perdre son soutien ou son approbation.
  4. a du mal à initier des projets ou à faire des choses seul
  5. cherche à outrance à obtenir le soutien et l’appui d’autrui, au point de faire volontairement des choses désagréables ;
  6. se sent mal à l’aise ou impuissant quand il est seul par crainte exagérée d’être incapable de se débrouiller ;
  7. lorsqu’une relation proche se termine, cherche de manière urgente une autre relation qui puisse assurer les soins et le soutien dont il a besoin ;
  8. est préoccupé de manière irréaliste par la crainte d’être laissé à se débrouiller seul.

 

la personnalité dépendante coexiste souvent avec d’autres problèmes de personnalité et de l’humeur difficiles à distinguer. Le degré selon lequel des comportements dépendants sont considérés comme adaptés varie selon l’âge et le groupe socioculturel. »

 

En quoi la dépendance affective est-elle pathologique ?

La dépendance affective devient pathologique à partir du moment où elle génère de la souffrance et que cela entrave le bien être individuel ou du couple.

Le dépendant affectif est dans l’idéalisation du partenaire et dans l’angoisse permanente d’être abandonné par l’objet d’amour, ce qui le conduit à être dans la négation de lui même, en devenant sourd à ses propres désirs. On peut observer chez lui une attitude sacrificielle comme l’abandon d’un emploi, de sa famille, de ses amis et de ses activités?

Du fait d’une très faible estime de soi, il n’arrive à s’estimer qu’au travers du regard du partenaire. Le conjoint devient le centre du monde et tout est focalisé autour de lui. Cela renvoie à la relation initiale où le nourrisson ne voit qu’au travers de la mère. Il s’agit le plus souvent de personnes immatures ou vulnérables. Cette fragilité narcissique trouverait ses origines dans la petite enfance notamment dans les expériences objectales. Cependant il arrive que cela soit plutôt du à une expérience que l’individu aurait vécue dans une relation passée.

Le dépendant affectif a un besoin permanent d’étayage et il est dans la recherche constante de preuves d’amour pour rassurer son angoisse d’abandon. Tout cela va mobiliser beaucoup d’énergie ce qui avec le temps peut épuiser les ressources psychiques de l’individu.

Ici ce n’est pas le désir qui prime mais bien le besoin de l’autre pour remplir un vide intérieur et combler une insécurité interne. Or on ne peut satisfaire ce type de besoin intimement personnel à travers l’attente de reconnaissance de l’autre.

 

Les conséquences pour le quotidien du couple

Chaque couple réagit différemment aux situations de dépendance affective. Toutefois on note dans la plupart des cas de thérapies de couples mettant en scène un cas dedépendance affective une problématique récurrente : au fur et à mesure, le dépendant affectif s’enferme dans une insatisfaction permanente des  preuves d’amour du compagnon.

En véritable ‘ boulimique d’amour ‘, les attentions portées par le conjoint finissent par ne plus être suffisantes et nécessitent constamment d’être supplantées. Course éperdue et perdue d’avance qui conduit à un mécanisme pervers : le dépendant demandant toujours plus, et le conjoint finissant par se retrouver dans une obligation de donner. Peu à peu le climat devient conflictuel, l’incompréhension se renforce, et la souffrance se manifeste, souvent chez les deux partenaires. Les conséquences peuvent être diverses : rupture, chantage affectif, violence, auto destruction (auto mutilation, tentatives de suicide),…

 

Un cas particulier : la dépendance affective réciproque

Lorsque la dépendance affective est réciproque dans le couple, on observe souvent des couples qui s’auto suffissent à eux même et qui de ce fait se mettent en retrait du reste du monde. Cette situation  de l’extrême romantisme peut apporter à certains couples un bonheur réel et un équilibre qui perdure dans le temps. Néanmoins ce type de situation est porteur de dangers potentiellement forts. Si l’un des partenaires se décentre de la relation de couple cela peut amener à des conséquences dramatiques tels que le suicide, la violence conjugale ou encore à l’extrême le crime passionnel. Ici perdre l’objet d’amour serait comme se perdre soi même et c’est insupportable.

 

Le dépendant affectif : une proie facile

Les personnalités narcissiques, manipulatrices ou encore perverses peuvent être à la recherche de personnes fragiles comme les dépendants affectifs car il est beaucoup plus facile d’avoir de l’emprise sur elles. Le dépendant affectif va essayer de satisfaire toutes les attentes du partenaire qui va être de plus en plus exigeant. Il va petit à petit l’enfermer dans une relation afin de le faire sien. A partir de là toutes les dérives sont envisageables comme l’humiliation, la violence verbale, la violence physique et/ou sexuelle. Il va utiliser le chantage affectif afin de mieux contrôler l’autre. Ainsi les violences peuvent être acceptée pendant longtemps car le dépendant affectif va y voir des preuves d’amour. Par exemple,  » il a été violent avec moi parce que je n’aurais pas du parler àcette personne. S’il a été violent c’est parce qu’il a été jaloux et donc cela veut dire qu’il m’aime « . Beaucoup vont être capable de trouver des preuves d’amour dans ce genre de situation, or la violence n’est pas un signe d’amour mais plutôt le fait d’asseoir son pouvoir et de dominer l’autre.

 

Sortir de la dépendance affective : oui mais comment ?

L’une des difficultés principales de la dépendance affective est que la victime de cette pathologie du lien n’est pas obligatoirement consciente du caractère aliénant de la relation..  » On ne peut pas aimer trop  » pourraient-ils dire. Mais en l’occurrence il ne s’agit pas réellement d’amour. L’amour n’est ici plus un témoignage de sentiments réciproques mais un outil pour tenter de combler un besoin de reconnaissance, d’estime de soi, que la personne dépendante n’a souvent pas réussi à construire par elle-même.

Aussi sortir de la dépendance affective passe par plusieurs étapes, à la fois au sein de la relation du couple mais avant tout au niveau d’un travail sur soi. Parmi les étapes fondamentales:

  • La reconnaissance de l’état de ‘ dépendance ‘ et des difficultés que cela engendre au quotidien,
  • La compréhension que ce mécanisme est intimement lié à la construction narcissique de l’individu,
  • L’apprentissage progressif d’une confiance en soi, d’une estime de soi.

En d’autres termes « s’investir soi avant d’investir l’autre. S’aimer soi pour bien aimer l’autre

 

Quelles sont les caractéristiques des personnes dépendantes affectivement de leur partenaire ?

Une première caractéristique de la dépendance affective est la difficulté pour le dépendant à reconnaître ses propres besoins et de les différencier de ceux de l’autre. L’amour inconditionnel de l’autre devient une forme de souffrance quotidienne qui pourra avoir des conséquences sur le bien-être et la santé psychique et physique. Trop d’énergie vitale est employée à aimer et il en reste peu pour les objectifs personnels. Il n’est plus possible de penser à lui, de se créer des espaces personnels, parce que le partenaire retient toute son attention.

Une deuxième caractéristique est une attitude négative de soi, parce que le dépendant a une pensée du type : « Je suis méchant et les autres sont gentils ; s’ils me traitent mal c’est que je le mérite et j’en suis responsable. Je dois chercher à attirer leur sympathie par tous les moyens. » Il est convaincu que pour être aimé, il doit toujours être gentil, aimable, être d’accord avec les autres, se sacrifier pour les autres, même lorsque cela fait mal.

Une autre caractéristique commune à tous les dépendants est la peur du changement. Le dépendant affectif est incapable de développer une véritable autonomie, étouffe chacun de ses désirs et de ses intérêts personnels. Il est convaincu qu’en se dévouant corps et âme à l’autre il pourra assurer une relation stable et durable. Mais, immanquablement, la possessivité, l’étouffement ressentis par l’autre finira par créer des tensions et des ressentiments. C’est alors que le comportement du dépendant pourra évoluer de manière négative en passant de la gentillesse à violence.

 

Quelles sont les caractéristiques de l’amour dépendant ?

  • Recherche continuelle de l’amour absolu
  • Volonté de sacrifier sa vie
  • Etouffement de la personne sans espace personnel
  • Jalousie, possessivité, exigence envers le partenaire
  • Grande ambivalence qui amène des comportements inadéquats

 

La  pulsion sociale nous pousse nécessairemet à rechercher la présence de l’autre à intervalle régulier. Combien de temps êtes-vous capable de rester seul(e) ? Physiquement mais aussi sans média interposé (TV, réseaux sociaux…) ? Notre besoin de contact social peut se mesurer par cette durée de solitude tolérée. Plus l’intervalle est faible et plus le besoin est fort, plus il est conséquent et plus la pulsion est douce. Ce besoin de l’autre est naturel mais quand celui-ci n’est jamais rassasié, quand il s’intensifie et devient destructeur il se transforme en dépendance affective.

 

La pulsion hédonique, la dopamine

cerveauNous sommes gouvernés par le plaisir. Il est une pulsion non spécifique. Elle nous pousse à explorer notre environnement mental et écologique d’une manière indéterminée. Cette pulsion hédonique est sous-tendue par l’Aire Tegmentale Ventrale (ATV) qui se situe dans la partie supérieure du tronc cérébral. L’ATV est un groupe de neurones qui projettent leurs axones sur des structures nerveuses sous-corticales comme les noyaux accumbens ou corticales comme le cortex préfrontal. Ces neurones libèrent comme neurotransmetteur de la dopamine qui active les cellules post-synaptiques. La dopamine est le neurotransmetteur de la pulsion hédonique. Il est le plaisir qui anime notre esprit.

 

Désir et ocytocine

Le désir, le plaisir qui pousse à agir peut être spécifié et orienté vers un objet particulier. L’ocytocine joue ce rôle. Elle est une neuro-hormone qui oriente le désir vers l’autre. Cette pulsion socio-affective a la fonction d’obtenir de l’affection de la part des autres. Nous avons tous besoin de l’autre, de son attention, de sa reconnaissance, de sa présence. Ce besoin est universel. Notre besoin affectif nous rend dépendant des autres comme la faim nous contraint à rechercher de la nourriture. Nous ne pouvons pas vivre seuls très longtemps sans souffrance. Notre autonomie par rapport à l’autre est relative et se compte en heures comme n’importe quel besoin. La neuropsychologie permet d’identifier les réseaux nerveux et les molécules de ce besoin affectif.

Ocytocine-dep affective

 

Le besoin affectif s’exprime par la libération d’ocytocine des noyaux paraventriculaire et supraoptique dans les synapses de l’aire tegmentale ventrale (ATV) et du noyau accumbens (Nac) constituant le système de récompense. L’augmentation d’ocytocine stimule la production de dopamine de ces structures. De cette manière, le désir est spécifié par l’ocytocine qui donne une direction pour être régulé. L’autre devient l’objet du désir. La conscience motivée d’interagir choisit mentalement une ou des personnes satisfaisantes et cherche à rentrer en contact. L’Autre étant une source d’incertitude, il peut être agréable comme désagréable. Il est nécessaire de développer toute une intelligence sociale pour obtenir les récompenses désirées. Les récompenses sociales désirées obtenues produisent une libération d’opiacés des neurones du noyau arqué vers les structures d’ocytocine et de dopamine et inhibe leur activité. Cette inhibition transitoire du désir social marque sa satisfaction.

ocytocine 2 - dep affective

 

Du besoin normal de l’autre et la dépendance affective pathologique

Quand le désir affectif génère des attentes irréalistes et inadaptées,) la réalité des autres et des relations sociales ne peuvent pas être satisfaisantes. Ce décalage entre ce que veut la personne de la part des autres et ce qu’ils peuvent donner provoque une frustration et crée le manque affectif. La dépendance affective pathologique pourrait se définir par « un type d’attachement qui lie une personne à une autre et dont la qualité et l’intensité ne correspond pas à la qualité et à l’intensité de la relation réelle. Il peut s’agir d’un attrait systématique envers des personnes avec qui une relation ne s’établit pas, d’une incapacité à quitter une relation malgré son effet destructeur, ou d’une incapacité à se détacher longtemps après la fin de la relation » (Charest, 1992). Cette définition s’applique autant aux relations amoureuses, amicales que familiales

 

L’inadaptation du dépendant affectif peut provenir de différents facteurs isolés ou combinés :

.L’incapacité à tolérer les frustrations socio-affectives

  • Incapacité à contrôler ses attentes
  • Incapacité à tolérer sa solitude et le manque affectif
  • Incapacité à exprimer ses désirs, ses émotions, ses attentes
  • Incapacité à être empathique et attentif à  l’autre
  • Incapacité à tisser un réseau socio affectif

 

L’unique but du dépendant affectif est de se sentir aimé par une seule personne ou par plusieurs. Ce but devient obsédant et envahissant au point que la personne souffrant de ce fonctionnement est incapable d’apprécier d’autres activités. Son désir d’être aimé prime sur tout le reste. L’Amour ou la Mort ! L’Autre devient un objet addictif qui lui permet de ressentir cette affection tant désirée mais aussi de ne plus souffrir de son manque pendant ses courts instants de solitude.

 

Le dépendant affectif rentre dans un cycle addictif (Poudat, 2012) dans lequel il perd le contrôle :

Par exemple cette jeune femme qui souffre de sa dépendance affective à l’égard de son petit ami pense qu’à une seule chose : entendre «je t’aime» de sa part (Phase 1 de focalisation). Elle imagine tous les scénarios possibles pour lui faire dire indirectement ou directement. Ses projections l’enthousiasment, l’excitent, la rendent de bonne humeur (Phase 2 de stratégie). Elle décide de passer à l’acte. « Mon psy me dit toujours de m’exprimer, de dire ce que je désire ! J’y vais ! » (Phase 3 du passage à l’acte). Elle exprime directement sa demande de paroles d’amour. Son compagnon la comble. Elle est satisfaite. Très vite, elle ressent de la culpabilité, de la colère du fait d’avoir perdu le contrôle. (Phase 4). Elle se calme et à nouveau elle ressent le manque d’amour. Elle veut des preuves, se sentir aimée. (Phase 5). Le cycle est sur le point de recommencer …

 

cycle addictif - dep affective

 

Le dépendant affectif étant tellement dans le besoin de l’autre qu’il est capable de tout pour maintenir le lien, de se soumettre, de se renier, de taire ses désirs, de toujours accepter ceux d’autrui, etc.

L’affirmation de soi permet d’apprendre à être soi en contact avec l’autre, de se respecter tout en respectant l’autre en apprenant à demander, à refuser, à critiquer, à complimenter et à exprimer son intimité sans craindre le rejet.

 

GERARD YVES CATHELIN


Texte écrit par Gérard-Yves CATHELIN .
28 août 2017

©  Toute reproduction, même partielle est interdite sans l’accord de l’auteur

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Gérard-Yves Cathelin
Psychanalyste, addictologue et psychothérapeute à Château Thierry (02) et La Ferté-sous-Jouarre (77)

 

 

 

 


 

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