Psychothérapeute – Addictologue – Gérard Yves Cathelin à Château Thierry (02) & La Ferté-sous-Jouarre (77)

Liberté d’être

Liberté d’être

Dans Psychologie

 

Le droit de chacun à la liberté de chacun ne dépend que de nous-mêmes

Robert Jackson,  Procureur au Procès de Nuremberg, et lorsqu’il était Juge à la Cour Suprême des Etats Unis d’Amérique  en 1945, nous dit:  « Le droit de chacun à la vie, à la liberté, à la propriété, la liberté d’expression, la liberté de la presse et d’autres droits fondamentaux ne peuvent dépendre d’une élection. »

 

Je suis libre lorsque… 

… je suis capable de te dire que je t’aime et que ton amour est crucial pour moi
… je peux risquer d’être ridicule pour faire ce qui me plaît
… j’oser montrer que je ne suis pas sûr de moi
… je suis capable de te demander de t’occuper de moi quand j’en ai besoin
… je suis capable d’avouer mon inconfort même devant des gens importants pour moi
… je supporte facilement la critique
… je suis capable de te montrer à quel point je te trouve attirant
… je prends le risque de demander des critiques
… je suis prête à t’avouer mon amour sans être certaine de tes sentiments

.

Je ne suis pas libre lorsque… 

… j’attends anxieusement que tu m’aimes
… je renonce à m’exprimer par peur du ridicule
… je bégaie par manque d’assurance
… je te manipule pour que tu t’occupes de moi
… je te cache combien tu me séduis
… je croule sous la critique
… je me haïs de rougir en m’exprimant
… j’ai besoin qu’on m’approuve mais je n’ose pas le demander
… je cherche à capter l’attention en faisant mine de rien
… je considère mes besoins affectifs comme infantiles
… je m’excuse lorsque tu n’aimes pas ce que je ressens

 

 

 Qu’est-ce que cette liberté?

C’est une indépendance intérieure. C’est celle qui me permet d’oser être moi-même, en tout temps, avec toutes les personnes qui ont de l’importance à mes yeux. C’est la liberté qui me permet de ne pas avoir besoin de me durcir pour le faire ou de nier l’affection et l’estime que j’ai pour eux.

 

Je crois que chaque personne aspire à cette liberté qui est, en fait, une liberté intérieure. Je crois même que chacun d’entre nous travaille assidûment à la gagner. Cette liberté correspond à l’idée qu’on se fait d’être bien dans sa peau: être à l’aise d’être soi-même, qu’on soit seul ou en relation avec d’autres personnes.

 

Même si l’atteinte de cette liberté est un objectif crucial dans notre vie, il peut arriver qu’on y renonce. Mais c’est le découragement devant la difficulté ou l’usure d’avoir beaucoup essayé en vain, qui nous conduit à ce point. Nos essais ne donnent pas les résultats escomptés et on n’a plus l’espoir d’y arriver ou l’énergie de continuer. On opte alors pour laisser faire: renoncer « à être comme on voudrait être » avec son conjoint, son fils, sa mère…

 

Le plus souvent, ce renoncement s’accompagne d’une distance et d’un refroidissement des sentiments. On abandonne parce qu’on ne sait plus quoi faire, mais le besoin de se vivre librement demeure et le retrait nous laisse triste, sinon amer.

 

D’autres fois, l’abdication est catastrophique. Ne parvenant pas à être bien dans notre peau, on opte pour les antidépresseurs, les anxiolytiques, l’alcool, devenir une bête de travail… Ce choix peut être situationnel, mais pour il peut imperceptiblement devenir définitif.

 

À quelles conditions est-il réaliste d’aspirer à gagner cette liberté intérieure? Par quel chemin est-il possible de devenir bien dans sa peau et satisfait de sa façon d’être dans toutes ses relations?

 

Il n’y a pas de recette miracle, mais un chemin bien particulier. On pourrait dire que ce chemin n’est pas tellement fréquenté, parce qu’il est inconnu. Mais il faut reconnaître aussi qu’il rebute, à première vue car il comporte de volumineux cahots qui peuvent décourager celui qui craint de vivre avec ses sentiments. Mais ce chemin est comme certaines montagnes et certaines mers: une fois qu’on devient habile à les fréquenter, aucun autre ne nous paraît meilleur et plus satisfaisant.

 

 

Le chemin de la Liberté 

Chaque fois que je m’assume, je fais un pas en direction de la liberté intérieure. Qu’est-ce que m’assumer? C’est me porter avec ce je ressens, avec mes besoins, mes valeurs, mes aspirations.
À première vue il peut être étonnant de lire que le chemin pour gagner la capacité d’être libre passe par cette façon d’assumer ses sentiments et ses besoins. Nous avons plusieurs objections à accorder une telle place à nos émotions inconfortables et à nos besoins compromettants. Nous sommes plutôt tentés de croire que c’est en étant accepté et aimé comme nous sommes, voire inconditionnellement, qu’on bâtit la sécurité nécessaire pour nous sentir libre d’être nous-même. C’est avec cette conviction d’ailleurs qu’on s’acharne parfois à rechercher l’amour, l’acceptation, l’approbation.

On constate toutefois que même en les obtenant gratuitement, on ne parvient pas à s’accepter mieux ou à se sentir plus libre d’être nous-même. Tout l’amour du monde et toute l’acceptation des êtres chers ou estimés ne parviennent pas à nous transformer en personnes libres d’être elles-mêmes.

Pourquoi « Marie »   qui désire tant qu’on la trouve extraordinaire est-elle incapable d’accepter un seul compliment? Ce qui devrait, selon elle, contribuer à la solidifier, à la rendre plus sûre d’elle, n’a aucun impact.

Certains diront qu’elle e devrait se reconnaître elle-même, que c’est la seule façon d’arriver à se rehausser à ses propres yeux. Mais comment peut-elle se confirmer elle-même, sincèrement, si elle n’a justement pas une haute opinion d’elle-même?

Pourquoi « Georges » qui se trouve minable est-il incapable d’admettre que « Marie-Claire « l’aime; pourquoi est-il incapable de jouir de cet amour?

Certains croient que Georges doit commencer par s’aimer lui-même avant de pouvoir recevoir l’amour de son épouse. Mais comment arrive-t-on à s’aimer soi-même quand on ne s’aime pas??? C’est le paradoxe dans lequel plusieurs sont paralysés.

En réalité, Marie n’arrive pas à recevoir un compliment parce qu’elle refuse d’avoir besoin de l’approbation des autres. Georges ne peut se laisser toucher par l’amour de sa femme parce qu’au fond, il refuse d’en avoir tant besoin.

C’est une grave erreur de croire qu’on puisse se donner soi-même, artificiellement, l’amour ou la reconnaissance qu’on attend des autres. Et c’est aussi une erreur de penser que l’amour et la reconnaissance des autres peuvent nous transformer alors qu’au fond nous refusons d’en éprouver le besoin. L’amour, l’acceptation, la reconnaissance des personnes qui ont de l’importance à nos yeux peuvent constituer une nourriture affective fort précieuse, mais à trois conditions:

 

Affirmer qu’il faut porter ses besoins ouvertement est « contre-culturel » pour la plupart d’entre nous. Nous avons appris à refuser les sentiments qui nous procurent de l’inconfort. Nous avons aussi acquis la conviction que la dépendance à l’égard d’une personne aimée ou estimée est un signe de faiblesse psychologique, une sorte de preuve qu’on est incapable de vivre par soi-même. Cela nous porte parfois à nous rebeller contre l’ascendant qu’une personne exerce sur nous et à le camoufler devant elle.

  1. que je consente réellement à en avoir besoin
  2. que je prenne l’initiative d’exprimer mon besoin.
  3. qu’il s’agisse d’une personne très importante à mes yeux.

Contrairement à ce qui paraît logique à première vue, ce n’est pas le fait de recevoir qui augmente notre solidité et notre liberté d’être, mais bien le fait d’oser être ce que nous sommes.

En consentant à vivre mes émotions, à éprouver les besoins qu’elles sous-tendent et en étant expressive de ceux-ci, j’obtiens deux résultats importants. Non seulement je m’assume comme personne, mais en plus j’augmente mon estime de moi. C’est par ce chemin aussi que celui qui veut s’aimer davantage y parviendra car « l’amour de soi » est en fait une « considération de soi » qu’on gagne à force d’agir d’une façon estimable à nos propres yeux.

 

1- Ressentir mes émotions 

Ressentir mes émotions signifie les accueillir, bien sûr, mais ça exige plus que cela. Je dois les ressentir complètement et les laisser être présentes durant tout le processus qui constitue leur « vie ».  En tentant de faciliter ce processus au lieu de lui opposer des obstacles, je laisserai l’émotion m’informer sur ce qui m’atteint, me manque et m’importe. Je comprendrai mieux ce qui m’arrive et pourrai davantage tenir compte de mes besoins.

 

2- Consentir au besoin 

Comme l’émotion, le besoin s’impose à moi. Mon pouvoir sur son existence se limite à le combler ou à refuser de le combler. Le premier choix le fera disparaître au moins temporairement. Certains besoins sont en effet récurrents. La faim est l’exemple parfait d’un besoin qui revient régulièrement.

Il en est de même de l’affection, du désir sexuel et de plusieurs besoins affectifs. Si je choisis de ne pas combler mon besoin, il subsistera tout simplement et prendra forcément de l’ampleur. C’est parfois à mon insu qu’il grandira. Alors, le manque donnera naissance à toutes sortes de symptômes qu’après un certain temps je ne pourrai plus relier au besoin.

Pour utiliser une fois encore l’analogie avec le plan physique, ce n’est pas parce que j’ignore ma faim qu’elle disparaît. Le signal habituel par lequel elle m’est indiquée pourra s’estomper, me laissant sous l’impression que je n’ai plus faim. Mais il sera remplacé par d’autres signaux: faiblesse, mal de tête… Si je cessais de m’alimenter sous prétexte que je ne ressens pas la faim, c’est sur ma santé elle-même que je constaterais des répercussions.

Le combat « contre » un besoin est une lutte parfaitement stérile car l’existence du besoin n’est pas soumise à la volonté. À cet égard, les besoins psychiques fonctionnent sur le même modèle que les besoins physiques: on ne le choisit pas. Cependant, alors que les besoins physiques trouvent la plupart du temps une réponse automatique, la réponse aux besoins psychiques est soumise à notre libre-arbitre. Voilà pourquoi nos besoins affectifs sont souvent malmenés!

 

3- M’exprimer réellement 

Pour m’assumer, il est nécessaire que je m’exprime lorsque l’enjeu a de l’importance pour moi. Il y a plusieurs modes d’expression: les gestes, les paroles, les actions, les choix. On peut s’exprimer par son attitude, son habillement, en faisant une demande, en répondant à une demande…, s’exprimer en fait, c’est se montrer.

Pour contribuer à la conquête de ma liberté, la qualité de mon expression est capitale: il faut j’extériorise ce qui est réellement important et que j’ose m’impliquer en le faisant. Une telle expression génère en effet des émotions; je dois être « en contact » avec moi et me laisser vivre les émotions qu’elle déclenche. Et comme pour m’assumer il est nécessaire d’être moi devant les autres, il est indispensable aussi que je demeure sensible aux émotions et réactions des personnes face auxquelles je m’expose.

Bien des gens ne sont pas habitués à cette manière de s’exprimer « directement ». Mais il est possible de devenir habile à le faire si on pratique un peu.

 

4- Prendre en charge la satisfaction de mes besoins 

Prendre en charge la satisfaction de mes besoins ce n’est pas les combler moi-même mais plutôt de prendre l’initiative de faire ce qu’il faut pour les combler. Parfois je pourrai y répondre moi-même, mais d’autre fois il me faudra alors faire des demandes, exposer mes besoins, négocier et même les défendre pour qu’il soit possible de les satisfaire.

Pour plusieurs d’entre nous, il est difficilement acceptable de porter l’entière responsabilité de nos besoins. Certains refusent parce qu’ils voient dans l’initiative des autres à leur égard, une preuve de considération ou d’amour. (« N’est-ce pas une grande preuve d’amour d’être deviné », pensent-ils.) D’autres s’y objectent parce que faire connaître leurs besoins, dire ce qui leur importe, c’est trop se dévoiler et surtout, c’est informer l’importance qu’ils lui accordent. (« Je ne vais quand même pas lui dire que j’aimerais voir plus directement son appréciation; il va penser que je le prends pour mon père ! »)

En prenant mes besoins en charge, en effet, non seulement j’expose ce que je suis, mais en plus j’avoue à d’autres l’importance qu’ils ont dans ma vie! Il y a là un risque: celui de n’avoir pas la même importance pour l’autre ou que le besoin de l’autre ne coïncide pas avec le mien. Il se peut que je vive cette différence comme un rejet, que j’en sois dévalorisé ou que cela blesse mon orgueil. Si considère comme dramatique l’un ou l’autre de ces scénarios, il est évident que je m’abstiendrai. Je choisirai alors de renier mon besoin ou d’attendre que l’autre le prenne en charge.

Si au contraire je suis prête à risquer de faire face à un refus, j’aurai fait un pas de plus vers le respect de ce qui m’importe. Même insatisfaite, j’en sortirai alors plus libre, grandie.

Voilà à quoi se résume essentiellement le chemin qui mène à la liberté. Le parcours peut s’avérer relativement facile lorsqu’on transige avec certaines personnes et très difficile avec d’autres. Le risque d’être nous-même est particulièrement grand avec les personnes qui ont le plus d’importance à nos yeux. Pour conquérir notre liberté avec ces personnes il faut prendre d’autres réalités en considération. Nous verrons dans un article subséquent, comment y arriver.

 

 

La Fausse Liberté

Il n’est pas possible d’aborder la question de la recherche de liberté sans discuter quelques propositions qu’on considère parfois comme des solutions pour obtenir le même genre de sérénité. Je vais signaler ici quelques écueils qui ne sont pas toujours visibles à première vue, pour permettre à ceux qui le désirent, de faire des choix plus éclairés.

 

1- L’acceptation inconditionnelle

Il existe des mouvements de croissance personnelle qui offrent l’acceptation et l’amour inconditionnels. Dans ces groupes, les gens sont assurés d’être acceptés et aimés pour ce qu’ils sont, avant même d’être connus; il n’y a aucun risque d’être critiqué ou rejeté si on se montre « authentique ».

 

L’acceptation inconditionnelle est une attitude préconisée par le psychologue Carl Rogers, pour faciliter chez le client, une ouverture à sa vie intérieure et, à la longue, une plus grande acceptation de son expérience. L’acceptation inconditionnelle est une attitude « thérapeutique » et ne peut se pratiquer qu’en situation thérapeutique parce qu’elle exige qu’on soit complètement « centrée » sur le client. C’est d’ailleurs le nom que Rogers a donné à son approche: « Client-Centered Therapy ».

 

Cette attitude n’est pas ni naturelle ni saine dans une relation interpersonnelle ordinaire. Même la mère la plus aimante ne peut tenir cette position continuellement avec son enfant. À certains moments, ce que vit ou fait son enfant la bouleverse et elle réagit. Elle ne pourra, par exemple accepter inconditionnellement que son bébé la repousse, que son adolescent se comporte comme s’il la méprisait.

Préconiser un mode de relation basé sur l’acceptation inconditionnelle, c’est oublier que celle-ci n’est possible que dans la mesure où ce que vit ou fait l’autre n’a pas réellement d’effet sur notre existence. C’est donc encourager les personnes à renier parfois ce qu’elles vivent ou à le fausser artificiellement. En plus, cela laisse faussement croire à ceux qui n’y arrivent pas qu’ils sont inadéquats.

 

Enfin, on peut comprendre à partir des explications données plus haut, qu’à cause de l’absence de risque qu’elle implique, l’acceptation inconditionnelle ne peut, en elle-même, conduire à la liberté intérieure, même si elles est très utile pour apprendre à tenir compte de ce que l’on vit. L’expérience d’être accepté inconditionnellement peut cependant inciter à accueillir davantage son expérience

 

2- L’absence de risque 

Il est tellement difficile d’oser être à la hauteur de ce que l’on vit et de l’exprimer ouvertement qu’on cherche souvent à minimiser les risques. Par exemple, on prend la précaution de prévenir son interlocuteur de ce qu’il pourrait vivre en nous entendant, on s’excuse d’avance de l’impact que nos gestes ou nos propos auront sur lui, etc…

L’action qui permet de se posséder c’est celle où justement on s’assume devant une adversité potentielle. Il n’est pas nécessaire que l’adversité se manifeste, il est seulement indispensable qu’elle existe réellement dans notre esprit, que le risque de ne pas être accepté soit subjectivement présent.

À la lumière de ces précisions, on peut comprendre pourquoi la culture de certains groupes de de croissance et de support ne conduit pas à s’assumer réellement comme personne. On peut comprendre également, la tentation, pour éviter l’insécurité, de rechercher les groupes qui promettent cette protection.

 

3- L’autarcie 

Une autre optique forte à la mode consiste à choisir de s’auto-suffire. À l’encontre même de l’interdépendance qui caractérise les êtres vivants dans toute la nature, on choisit de se donner soi- même ce qu’on pourrait chercher à obtenir des autres. Cette façon de voir repose en partie sur une conception de la responsabilité qu’on pourrait illustrer ainsi: ‘il s’agit de mes besoins, c’est donc à moi d’y répondre ». C’est ainsi qu’on recommande de « s’aimer soi-même », « d’être sa propre mère », « de se confirmer soi-même », « de s’encourager soi-même ».

Cette tentative maladroite d’indépendance est un choix que plusieurs font après plusieurs tentatives infructueuses dans les relations interpersonnelles. D’autres fois, c’est une peur excessive de la dépendance qui entraîne la personne dans cette direction.

Une telle option n’est pas prometteuse de satisfaction car il est impossible de se suffire affectivement. Les échanges affectifs sont en effet une nourriture psychique nécessaire durant toute notre vie. Au bout du compte, cette méthode permet de moins de buter sur des nœuds relationnels, mais c’est au prix d’une solitude qui en découle nécessairement et des manques affectifs qui s’ensuivent.

Et comme cette stratégie s’appuie sur un retrait et un évitement du contact avec les autres, elle ne permet pas non plus d’augmenter le sentiment d’être une personne libre, capable de se vivre pleinement en relation avec les autres. C’est donc sur une fausse piste que nous conduit cet objectif. Ce n’est pas parce que je suis responsable de mon besoin que je peux remplacer adéquatement le support affectueux d’une mère en me supportant « affectueusement » moi-même.

 

4- Se laver le cerveau et passer outre les difficultés 

L’auto-persuasion est une tactique de plus en plus d’ampleur. Elle vise à passer outre aux difficultés réelles vécues par rapport à soi-même et par rapport aux autres. Dans cette optique, on tente de se débarrasser de ce que l’on vit en se convainquant que cela n’a pas de raison logique d’exister.

Cette approche logique réussit parfois à convaincre intellectuellement, mais on pourrait dire que « le cœur ne suit pas » et qu’il faut accepter d’ignorer son vécu profond pour obéir aux directives qu’on se donne.. C’est comme si on avançait « déconnecté de soi-même ». À cause de cela, le chemin parcouru dans cette optique, c’est-à-dire, sans tenir compte de notre vécu complet, ne mène pas à une plus grande possession de soi, mais au sentiment inverse: on se sent dépossédé. (Certains diront « Je suis perdu », « Je ne sais plus ce que je veux exactement », « Je ne sais plus qui je suis au fond ».)

La liberté intérieure n’est pas plus grande, au contraire, on a l’impression que c’est seulement en se persuadant et en s’encadrant d’un contrôle perpétuel qu’on peut réussir à fonctionner. On se retrouve donc, en quelque sorte, dans une prison différente dont on est soi-même le gardien, mais sans plus de liberté.

Si j’ai évoqué ces quatre tactiques de développement personnel, c’est parce qu’elles sont à la mode et qu’elles sont aux antipodes du type de cheminement dont j’ai parlé dans cet article, celui qui mène à la liberté intérieure. J’ai voulu établir les distinctions qui s’imposent pour clarifier des concepts et des interprétations dans lesquels il est parfois difficile de s’y retrouver. En développement personnel, il n’est pas vrai que tous les chemins mènent à Rome. Certains mènent à Paris, d’autres à Miami et d’autres, simplement au village voisin. Or la destination ne nous est pas toujours précisée quand on s’engage dans le voyage.

La liberté d’être commence par le dépassement d’un conflit intra – personnel entre notre besoin de s’affirmer et notre besoin d’approbation (qui est tout proche du désir de ne pas faire de la peine à ceux que nous aimons et dont nous souhaitons l’accord et l’approbation, comme pour valider nos décisions et engagements).
La liberté d’être se construit avec l’écoute et la prise en compte de nos besoins relationnels qui sont à la base de la confiance en soi, de l’estime de soi et de l’amour de soi. Trois ancrages qui me semblent importants pour pouvoir affronter l’imprévisible des rencontres.

Besoin de se dire, de passer de l’impression (ce qui est à l’intérieur) à l’expression (pouvoir sortir de soi ce qui nous habite, nous traverse, nous interpelle, nous dynamise ou nous paralyse).

Besoin d’être entendu, c’est-à-dire d’avoir le sentiment que nous sommes reçus, que ce qui vient de moi arrive jusqu’à l’autre. C’est le fondement même de ce qui deviendra un échange, un partage et le début d’une mise en commun. C’est le sens profond du verbe communiquer : pouvoir mettre en commun !

Besoin d’être reconnu, tel que nous nous sentons et non tel que l’autre (papa, maman, mes professeurs, mon patron, ma femme ou mon mari) nous voudraient en fonction de leurs attentes, de leurs désirs ou de leurs peurs !

Besoin d’être valorisé, d’avoir le sentiment que nous avons une valeur (et par là même une place) que nous comptons pour les personnes significatives de notre vie. Comme si l’équilibre du monde reposait un tout petit peu sur la qualité de notre présence sur cette terre.

Besoin d’intimité, de pouvoir disposer d’un espace, d’un temps qui n’appartiennent qu’à nous et dont nous disposons sans avoir à rendre des comptes.

Je ne sais si ces deux besoins sont de vrais besoins, dont dépend notre équilibre ou notre intégrité physique et psychique, ils me paraissent surtout être des manques. Je sais que le « besoin d’être aimé » est avancé par beaucoup comme étant essentiel, sous peine de ne pouvoir être heureux ou se sentir bien avec soi-même.
Je laisserais ouverte cette question, en invitant chacun à s’interroger sur le degré de dépendance qu’il a par rapport à ce « besoin » qui peut se manifester, quand il est trop envahissant par des comportements de soumission (pour susciter chez l’autre de l’attention et de l’intérêt) ou de domination (pour imposer à l’autre sa propre demande !). Je ne crois pas que le « besoin » d’aimer soit à mettre dans les besoins, car si j’aime (que j’ai de l’amour à donner) je ne suis pas dans le manque, je suis dans l’offrande. C’est à chacun de s’interroger pour tenter de voir plus clair dans les priorités qui sont présentes à un moment donné de sa vie dans la satisfaction de ses besoins relationnels.

Frederick Perls, le père de la Gestalt, disait qu’il faut d’abord être ce que l’on est si on veut changer. À première vue cela ressemble à une tautologie, mais en fait ça n’a rien d’évident. Dans les termes de cet article, on pourrait dire que pour devenir intérieurement libre, il est nécessaire d’être en contact avec soi et de se donner la liberté d’être soi. Cela signifie d’abord de s’autoriser à être atteint par les choses et les personnes comme on l’est, donc d’avoir les émotions et les besoins que l’on a réellement. Cela signifie ensuite de se vivre ouvertement tel que l’on est, car la liberté d’être est illusoire si elle s’applique seulement en catimini.

En d’autres termes je pourrais dire, « j’existe, donc j’ai le droit d’exister », « je ressens, donc j’ai le droit de ressentir », « j’ai tel besoin, donc j’ai le droit de l’avoir » car en fait, je suis  seul  qui puisse m’octroyer ces droits et décider d’exister. Si j’ai besoin des autres dans cette démarche d’affirmation libératrice, c’est surtout à titre de témoins auxquels j’accorde une valeur ou un pouvoir.

Gérard-Yves Cathelin, le 4 février 2017

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Gérard-Yves Cathelin
Psychanalyste, addictologue et psychothérapeute à Château Thierry (02) et La Ferté-sous-Jouarre (77)

 

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