Psychothérapeute – Addictologue – Gérard Yves Cathelin à Château Thierry (02) & La Ferté-sous-Jouarre (77)

Destin

Destin

Dans Psychologie

Hier après-midi, par chance,  j’ai lu une Fable de La Fontaine, saisie au hasard et qui s’appelle « Métamorphose d’une souris en jeune fille« .

Elle dit ceci:

« On tient toujours du lieu dont on vient »

« Car il faut, selon son système,
Que l’homme, la souris, le ver, enfin chacun
Aille puiser son âme en un trésor commun . »

« Les âmes des souris et les âmes des belles
Sont très différentes entre elles.
Il en faut revenir toujours à son destin,»

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Cela me fait penser à ce que nous pouvons vivre dans la rencontre avec nos patients.

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L’Etre humain, selon  son destin, que vient il pointer de sa jouissance au monde ? Car elle est cette jouissance qui va au-delà de la portée des limites du côté du Principe du Plaisir.
Du côté du névrosé obsessionnel on a souvent un discours et un syntagme figé, comme dans le discours amoureux. « Dis tu m’aime ? – Oui je t’aime. – C’est sûr que tu m’aimes ? – Oui je t’aime. »

C’est ce que l’on nomme un « discours fatique » (fat – insipide).

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Dans l’hystérie, il y a érotisation du corps donné à voir pour que l’autre, par la scopie, lui renvoie une image d’être du désir. (Une pulsion scopique est la vision, la vue, ce que l’on voit ou ce qu’ on observe.)

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Le névrosé ne prend pas au sérieux ce qui se passe dans sa vie. Elle est pourtant relié à son destin et au sens que ce dernier lui a donné à créer, contrairement au psychotique ou tout fait signifiance et qui colle à son sens à chaque instant.

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S’il n’y a que jouissance du corps, notre pensée est alors guidée par ce sens intégré dans notre psyché avec une intersubjectivité reliée à notre imaginaire.

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Cette intersubjectivité est un point de recherche, voir un pont qui influence le sens de notre devenir.

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Le destin connecté a cette jouissance peut entraîner parfois des disjonctions, des ruptures d’être. Cette disjonction va alors déchirer la jouissance du corps pris dans une aliénation de cette déchirure.

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Cette aventure, cette jouissance, ce futur sont agencés par les mots. Ces mots sont la trame de l’innervation de notre anatomie fictionnelle.
Ces mots se sont ancrés en notre psyché depuis des générations et ils se traduisent parfois par des maux non identifiables dans l’inconscient.
Cette non identification nous entraîne vers un schème où l’on perd tout sens pour créer des éléments de type sensopathie.

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Dans ce cas l’être dans son destin est pris et ordonné par le signifiant de ce corps, de ces mots, de ces maux. De ce processus, il peut y avoir un dégout, dégout de soi, de l’autre, mésestime de soi et de l’autre. Ainsi l’être humain se corporéise de manière signifiante. ( Corporéise: L’être humain intégre à nouveau son corps, il devient objet de son corps. C’ est alors un corps objet sans pensée.)

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On se croit être libre, mais nous sommes tous « attaché » à notre histoire passée qui fait signe dans notre présent, comme l’indique la Fable de Jean de La Fontaine.
On est donc piégé  par les différents désirs de nos aïeuls qui se sont transmis de génération en génération et ce, jusqu’à nous.
Nous sommes ainsi « prisonniers » de cette chaîne.
Nous entrons dans un réseau de désignant fantasmatique où tout est pris dans l’aliénation d’une jouissance signifiante.

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Dès lors, comment notre âme pourrait-elle se libérer ?

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Ceci peut faire l’objet d’un retour sur soi lors d’un travail produit dans le cadre d’échanges thérapeutiques.

Pour élaborer sur ce qui se joue autour de cette jouissance, de ces termes qui ont déstructurés, « immolés » l’être et son corps, dans les rets du filet (mailles du filet)  transgénerationnel et des transgressions qui se sont écrits par les cris du registre familial.

La Loi de la Famille fétiche de l’être en souffrance, marqueuse de son présent et de son destin.

Cette Loi, c’est celle que l’être « prisonnier« . Elle doit impérativement être respectée; c’est la logique de l’Amour.
Elle s’adresse au Père porteur de la castration, où l’être humain doit pouvoir exister et vivre sans y  être soumis.

Se dégager du Père ou des parents castrateurs, voilà ce que signifie, vivre pleinement son destin, sans vouloir rechercher par l’Imaginaire un monde illusoire qui ne nous apportera que des déceptions. Sinon nous resterons des Serfs de notre famille.

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Il est important de ne pas enterrer la Jouissance, sinon nous ne la rencontrerons pas. Nous serions alors du registre de la perversion, car lui ne jouit pas.
Le pervers se réduit et va rechercher chez l’autre. Il va vouloir démontrer qu’il y a toujours des zones d’ombres chez autrui où la jouissance est toujours possible.
Il se fait objet au nom de la Jouissance, ainsi il dénie le registre de la castration.

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Son Destin en tant que pervers, est qu’il sacralise, développe une croyance envers le père qu’il met en position d’un Dieu Noir.
Il veut édifier un Dieu de Méchanceté: Dieu du Nom de la Jouissance d’autrui.
Ce qui provoque une Angoisse chez son partenaire.

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Ceci m’amène à poser cette question: Le destin de la Victime, comme le Destin du Pervers ne devaient ils pas se rencontrer?

Ces deux destins « formatés » par les éléments  Trans générationnels ne sont-ils pas porteurs et indicateurs de notre présent dans l’ici et maintenant ?

Au poids de nos premières expériences et fantasmes s’ajoute celui de notre condition d’être dépendant à la naissance.
Dès son arrivée dans le monde, le bébé pressent que sa survie va reposer sur sa capacité à satisfaire le désir de ceux qui s’occupent de lui.

« Le tout-petit acquiert très vite la conviction que, pour exister, il va lui falloir plaire à sa mère. D’où notre tendance à tenter de répondre à une demande que nous avons construite et intériorisée, même si elle n’a rien à voir avec la réalité. Nous sommes ainsi quotidiennement convaincu que nous devons répondre à la demande d’Untel ou d’Untel parce que, si ce n’est pas le cas, une catastrophe va se produire : nous ne serons plus aimé, nous ne serons plus le chevalier blanc, la fille dévouée. » Pierre Marie, auteur de Psychanalyse, psychothérapie : quelles différences ?

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La position « confortable » de victime.

Adopter la posture de victime n’est pas sans présenter quelques avantages.

Claire Delebarre, psychanalyste jungienne, affirme que « se faire plaindre, se faire prendre en charge, se déresponsabiliser peut permettre de prendre du pouvoir sur ses proches. C’est une manière de dire : “Je suis victime parce que tu es un bourreau”, ou “Tu es complice des bourreaux” ».
Pierre Naveau, psychanalyste, rappelle que nous pouvons aussi éprouver une intense jouissance à perdre, à nous tromper, ou à nous retrouver dans une position d’enfant impuissant : « Nous passons tous par “Ce n’est pas moi, c’est la faute de l’autre”, mais, parfois, il y a une pointe de canaillerie à se complaire dans cette position, à faire porter à l’autre ou à la fatalité la charge de ce qui nous arrive. »

Prendre sa part de responsabilité est difficile, parce qu’angoissant.

Prendre sa part de responsabilité implique de prendre le risque de déplaire et de se confronter à ses propres limites.

Des chercheurs ont découvert que celles qui survivent le plus longtemps sont celles qui ont la sensation d’être en situation de contrôle sur leur vie (InPersonality and Social Psychology Bulletin, janvier 2012). Mais à quel point le sont-elles vraiment ? Et jusqu’où ?

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Car, tandis que certains tombent dans la posture de victime, d’autres sombrent dans l’excès inverse : l’hyper contrôle. « Je déteste improviser. Je planifie pratiquement tout : les vacances, les loisirs, les déjeuners et les dîners bien sûr, des semaines, voire des mois à l’avance … »

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Nous pouvons prendre position par rapport à ce qui nous arrive. Et si nous n’y parvenons pas, c’est souvent parce que nous ne savons pas comment en parler, comment l’“attraper”. C’est pourtant ce qu’il faudrait apprendre à faire, pour prendre position et (re)devenir actif..

Rien n’est écrit, mais rien n’est plus difficile à accomplir que sa destinée.

Nous pouvons très largement échapper à ce « destin« , qui n’est en réalité qu’un ensemble d’influences génétiques, familiales, sociales…

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C’est vrai que cela repose sur nos épaules. Mais nous ne sommes pas tout à fait seuls : nos proches, nos amis, nos rencontres vont aussi nous aider à nous libérer de ce passé qui voudrait se transformer en destin. Le hasard existe, les inégalités existent, mais pas le destin.

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Le destin subi est celui des tragédies grecques, des traumatismes enfouis qui reviennent nous pourrir l’existence, celui des transmissions transgénérationnelles, des névroses qui nous font tourner en bourrique, des retours de manivelle, de la soi-disant malchance… Cette partie-là du destin est celle que nous redoutons le plus..

Il existe un deuxième type de destin nettement plus positif. C’est celui qui fait que notre existence est traversée de part en part d’une qualité unique qui ne demande qu’à s’exprimer à travers chacun de nos gestes. Si nous arrivons à nous aligner avec cette essence profonde, notre vie aura non seulement plus de sens et de goût, mais la portion de destin subit elle-même aura moins d’emprise sur notre vie.

C’est là toute la liberté qui nous est accessible à nous, êtres humains : subir notre destin ou le choisir.

Croire qu’on peut complètement s’affranchir du destin, c’est tout le thème des grandes tragédies grecques. Tout le monde sait comment elles finissent.  Si nous succombons à la révolte, la colère, la panique ou l’abattement, nous allons poser des actes qui vont rendre la situation encore plus complexe et désagréable. En fin de compte, nous nous retrouverons avec un problème de départ auquel viennent s’ajouter les « intérêts » qui, comme dans un compte épargne, n’auront de cesse de faire grossir note destin subi.

Si, par contre, nous trouvons la force morale, la sagesse et la folie nécessaire pour oser regarder notre destin dans les yeux, nous découvrirons que, non seulement  l’existence n’est pas contre nous, mais que, la plupart du temps, c’est nous qui sommes contre l’existence. En réajustant notre conduite au flot naturel de l’existence, il est possible de surfer dessus et de ne plus laisser le destin subi prendre le contrôle de nos vies.

En choisissant notre destin, nous pouvons donc éviter de le subir. Mais, dans les deux cas, le destin restera l’élément central qui gouvernera notre existence.

Comme le dit Margot Junker une étudiante en Psychologie « …nous sommes tous reliés les uns aux autres. Le destin n’est pas une fatalité, puisque nous pouvons créer notre vie à tout instant, dans l’ici et maintenant. Cela dit, nous pouvons échapper au cycle de la vie  des deux destins qui tracent l’essence du jalonnement de notre chemin de vie ; La Naissance et la Mort, si nous intégrons le fait l’idée que toute vie est de passage, on saisirait davantage les trésors de la vie. Ce qui nous fait perdre l’accord entre notre corps et notre esprit est de s’angoisser face à cette évidence. Le non-sens et la dépréciation de soi met en place des mécanismes poussés par La Pulsion de Mort ; une séparation au  monde et avec  soi-même, si cela se met en place, la sensopathie peut s’installer. »

Texte écrit par Gérard-Yves CATHELIN .
1er février 2017

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Gérard-Yves Cathelin
Psychanalyste, addictologue et psychothérapeute à Château Thierry (02) et La Ferté-sous-Jouarre (77)

 

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