Psychothérapeute – Addictologue – Gérard Yves Cathelin à Château Thierry (02) & La Ferté-sous-Jouarre (77)

Anorexie

Anorexie

Dans Addictologie

L’anorexie est une toxicomanie alimentaire. Elle est comme « un orgasme de faim ».

20% des patients toxicomanes présentent des troubles graves du comportement alimentaire du registre boulimique-anorexique.

L’anorexie est une maladie endogène car le sujet refuse toute dépendance cela entraîne une addiction en circuit fermé. L’anorexie pour un sujet est une sorte d’exaltation et d’élation, comme je le cite plus haut, la période anorexique est un orgasme de faim (avancée par Kestemberg et Decobert, dans le livre: La faim et le corps), laquelle s’alimente aussi du plaisir de maîtrise et de toute puissance.

L’hyperactivité de l’anorexique sert à mettre en œuvre des sensations auto générées et la mise en œuvre d’une tension d’une véritable carapace musculaire qui constituent de précieuses garanties concernant les limites du corps.

Chez une personne anorexique il y a une régression pulsionnelle du désir au besoin qui cherche à faire l’économie et la mentalisation du manque. Dans sa répétition, cette conduite comporte un pouvoir d’auto renforcement et d’auto entretien.

En ce sens, la dépendance à un comportement répétitif de type anorexie serait le témoin d’un lien de dépendance à l’entourage le plus proche, qui ne trouve pas à s’élaborer par des moyens intrapsychiques.

La solution addictive anorectique est une tentative de survie psychique entre revendication d’autonomie, aspiration à la liberté et nécessité de l’esclavage et de la dépendance, au prix du déni du vécu de cette dépendance.

Pour Bergeret l’anorexie serait « une tentative de défense et de régulation contre les déficiences ou les failles occasionnelles de la structure profonde d’un sujet ».

L’on peut relever chez ces sujets une dépressivité ou dépression narcissique.

Considérer une personne anorexique comme addict c’est désamorcer chez ces sujets la surenchère toujours possible dans le rapport de force et lui signifier qu’on est à même de l’accompagner bien au-delà de son symptôme vers plus de liberté , de confiance en ses propres ressources.

C’est la débâillonnée d’elle-même qu’elle ne demande au-delà des apparences, de ses dénégations et de ses appréhensions qu’a faire vivre.

Pour cela, il faut mettre une distance relationnelle à ajuster en permanence, ni trop près pour ne pas réactiver les fantasmes d’empiétement (synonyme de rupture€, ni trop loin (du coté de l’abandon et de la disqualification.

Situer l’anorexie du côté des toxicomanies, c’est considérer les rechutes comme processus évolutifs long et difficile.

L’anorexie est à un carrefour transnographique mais aussi transversale. Elle s’exprime au niveau individuel mais aussi dans les pratiques sociales et familiales, elle concerne aussi bien le psychique que le somatique.

Ces désordres sont des tentatives d’auto médication, puis deviennent des véritables addictions avec leur effet neurobiologique.

L’anorexie est considérée comme une toxicomanie sans drogue.

L’anorexie mentale a été repérée par le Français Lasegue en 1873 (anorexie hystérie).

Ce trouble est prédominant chez la personne féminine. Il s’agit d’une restriction alimentaire volontaire et délibérée. Il faut attendre un amaigrissement important proche de la cachexie pour qu’une véritable anorexie avec perte totale de sensation de faim apparaisse.

Cette conduite se traduit par une diminution progressive, méthodique et résolue de la ration calorique quotidienne.

Cette conduite s’accompagne d’un intérêt exagéré vis-à-vis de la nourriture. Le comportement alimentaire sec modifie : le sujet sélectionne de plus en plus les aliments, les dissèque en des portions de plus en plus minimes, trie le contenu de son assiette, mâchonne, recrache. Ces attitudes peuvent aboutir à l’isolement de la personne anorexique au sein de sa famille ( pour préparer son repas ou manger à l’abri des regards parentaux.

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Le Corps

  • Il est efflanqué, tout en os, anguleux, la fonte de la graisse est massive,
  • Une amyotrophie donne aux membres un aspect décharné en baguettes de tambour, faisant ressortir les articulations
  • Les cheveux sont secs , cassants, ternes
  • Des troubles circulatoires sont constants avec une pâleur, une rougeur et une cyanose des extrémités qui sont froides et moites

Cet état aboutit à une disparition des formes féminines avec un amaigrissement majeur, il est à noté une absence de fatigue et une force physique tant sur le plan infectieux que physique.

Cette maigreur peut être exhibée ou cachée, les personnes dénient leur maigreur. Ce déni reflète l’importance du trouble de la personnalité de l’image corporelle et rend compte de l’absence d’inquiétude face à ce corps « modifié ».

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Aménorrhée

Son apparition est constante (arrêt de trois mois des cycles menstruels antérieurement réguliers)

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Hyperactivité

Les besoins du corps déniés expliquent l’hyper activité physique très spécifique de l’anorexie et le refus de reconnaître la fatigue comme le besoin de sommeil.. Les troubles du sommeil de type insomnie d’endormissement, réveils précoces et nocturnes sont fréquents.

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Adaptations sociales

Les relations sociales sont souvent pauvres, superficielles, centrées sur le milieu familial. Renforçant l’isolement social, l’hyper investissement scolaire avec recherche de performance est fréquent. Les résultats sont bons voir brillants.
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Manque de confiance en soi

Ces personnes n’agissent qu’en réaction aux exigences qui viennent des autres. Se pose la question : « Comment tenir à distance de soi ce dont on ne peut se passer ? »

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Sexualité

Bien souvent, il n’existe aucun intérêt pour la sexualité qui est refoulée et désinvestie tant sur le plan physiologique que sur le plan du désir.

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Facteurs déclenchants de l’anorexie les plus fréquents

  • Mort ou séparation d’un parent proche
  • Éloignement du milieu familial
  • Remarques sur une surcharge pondérale de la part de l’entourage,
  • Réussite ou échec à un examen.

Après un facteur déclenchant cela entraine l’installation de la conduite alimentaire dans un contexte d’insatisfaction, d’humeur dépressive et d’altération de la conduite à autrui. Après cette première phase succède au contraire une phase d’optimisme.

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Complications médicales

Cardiovasculaire

  • Bradycardie sinusale
  • Hypotension artérielle
  • Arythmies (principale cause des morts chez les anorexiques)
  • Digestive
  • Altérations dentaires et œsophagie peptique
  • Rupture Œsophagienne
  • Dysfonctionnements gastriques, intestinaux ou pancréatiques
  • Perturbation du bilan hépatique
  • Dilatation aigüe de l’estomac

Rénales

  • Troubles hydroélectrolytiques et troubles du métabolisme de l’urée avec insuffisance rénale fonctionnelle
  • Hypophosphorémie
  • Œdèmes périphériques

Osseuses

  • L’ostéoporose est une complication fréquente pouvant survenir 6 mois après le début de la maladie
  • Le mécanisme de la perte osseuse est probablement plurifactoriel : carence oestrogénique, excès de cortisol, malnutrition
  • Des fractures ostéoporotiques peuvent se déclarer

Dermatologie

  • Escarres,
  • Nécroses cutanées
  • Hypercarotinémie

Neurologie

  • Atrophie cérébrale réversible
  • Atrophie du tissu cérébral
  • Dilatation ventriculaire
  • Coma ou des crises convulsives par hypoglycémie
  • Neuropathie périphériques par compression des axones

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Causes

BRUCH considère que la cause fondamentale est un trouble de l’image du corps et de la perception des besoins, qui s’explique par un défaut d’apprentissage précoce dans les toutes premières interactions mères-enfants. Bruch place l’anorexie dans la lignée des psychoses délirantes.

SELVINI qualifie l’anorexie mentale de « paranoïa intra personnelle « ou de « psychose mono symptomatique » intermédiaire entre la schizophrénie et la mélancolie. Le corps de la personne anorectique ne contient pas le mauvais objet mais est lui-même le mauvais objet par rapport à un soi idéal

KESTEMBERG ET DECOBERT insistent sur les modalités de la régression et de l’organisation pulsionnelle. Cette régression renvoie aux fondements de la structuration de la personnalité L’organisation pulsionnelle se caractérise par un recours spécifique au masochisme primaire dont l’expression serait l’érotisation du fonctionnement moteur et de la sensation de faim, constamment recherchée mais dans le même temps)s rejetée à travers cette « négation forcenée du vécu corporel.

Cette conduite permanente constitue la garantie du sentiment d’être ou d’exister pour son propre compte

LA BIOLOGIE montre un possible dérèglement au niveau des centres de la faim et de la satiété, au niveau de la neuromodulation par les systèmes sérotoninergiques et cathécholaminergiques par certains neuropeptides, ou par les systèmes endorphiniques. Les travaux autour des connexions entre les systèmes hormonaux et endocriniens, la régulation du comportement alimentaire et des états émotionnels ouvrent de nouvelles perspectives thérapeutiques.

Travail effectué à partir du Traité d’addictologie du Professeur Michel Raynaud ( Editions Flammarion)

Gérard-Yves Cathelin – 30 juin 2016

 

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Gérard-Yves Cathelin
Psychanalyste, addictologue et psychothérapeute à Château Thierry (02) et La Ferté-sous-Jouarre (77)

 

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