Psychothérapeute – Addictologue – Gérard Yves Cathelin à Château Thierry (02) & La Ferté-sous-Jouarre (77)

Psychologie de l’échec

Psychologie de l’échec

Dans Psychologie

Recherche personnelle pour comprendre l’humain qui se met en position d’échec et en comprendre son processus psychique.

La psychopathologie de l’échec s’inscrit, plus largement, dans un refus du sens de notre relation au milieu. Comme le dit Laforgue, la conduite d’échec montre, dans les cas graves, un individu qui ne parvient pas à s’intégrer avec sa personnalité dans le cadre de l’activité collective de son milieu.

Les cas cliniques sont nombreux. Ils témoignent d’une volonté obstinée du sujet de détruire son propre projet, voire de se détruire. Tel jeune homme prépare un examen : il accumule les matériaux, livres, documents, pendant des semaines, mais ne parvient jamais à lire ou à écrire effectivement une ligne.

Tel autre, cité par Laforgue, sabote inconsciemment tout l’équilibre de sa vie professionnelle et conjugale après une réussite matérielle. Tel autre encore vise haut dans son choix conjugal, s’en glorifie, accumule ensuite jusqu’au divorce les conduites d’échec pour se jouer avec des partenaires dérisoires la comédie de l’amour perdu.

Ses catégories, au niveau de l’idéal du moi, s’effritent face aux possibilités réelles pour se porter transférentiellement dans des situations qui ne les mettent pas réellement à l’épreuve et ne présentent aucune chance de réalisation autre que phantasmatique.

 

Clinique psychanalytique: l’inconscient à l’œuvre

 

L’échec pathologique

La névrose d’échec est un exemple frappant de la dimension de l’inconscient. Elle démontre l’opposition entre le désir conscient, ici la réussite, et le désir inconscient où se noue l’interdit.

Tout conflit entre un désir conscient et son antagoniste inconscient peut se résoudre par un insuccès, et toute la clinique psychanalytique pourrait être envisagée sous cet angle.

L’échec résout un conflit mais cette résolution entraîne une satisfaction d’où une raison supplémentaire de renouveler l’expérience, l’échec se trouve érotisé. D’autre part, les conséquences de l’échec organisées en bénéfices secondaires de toutes sortes représentent un facteur supplémentaire pour la poursuite des échecs.

 

Le succès et l’impact de la réalité extérieure

La réalité extérieure semble réaliser non le désir conscient, licite mais bien le fantasme inconscient coupable et dangereux. Si le succès réalise les désirs dangereux et coupables de l’inconscient il s’ensuit un bouleversement de l’économie psychique ; la réalité extérieure ne joue plus son rôle d’interdit de contrepoids par rapport aux pulsions et fantasmes inconscients qui l’investissent.

L’échec a pour premier rôle de rétablir l’équilibre conflictuel, il sauvegarde les fantasmes inconscients et apporte une satisfaction substitutive du succès.

 

L’échec la culpabilité et la castration de l’autre

Parmi les nombreuses fonctions agressives que l’échec autorise il en est une essentielle qui se retrouve presque toujours, c’est son rôle culpabilisant. L’échec doit accabler l’autre, le responsable sous la culpabilité.

 

Le rapport au père

L’échec entraîne une satisfaction à se soumettre passivement au père dominateur, qui lie l’échec au plaisir masochique et s’accompagne en même temps du plaisir agressif de frustrer car ce même échec humilie le père, le prive du succès… Succès par lequel il aurait pu s’enorgueillir de son fils.

Le père peut toujours être placé dans un rôle castrateur. L’échec protège de la castration tout en la réalisant sur les deux protagonistes par un autre biais.

L’échec protège du père mais il protège aussi le père. Quand l’image du père faible domine inconsciemment, la névrose d’échec a pour but essentiel de le protéger.

On voit ainsi échouer le fils lorsque le père est vécu comme faible du fait de sa situation sociale ou dans le groupe familial, ou en raison d’une absence de caractère. Tout un faisceau de raisons inconscientes peuvent entrer en jeu : identification au père, vengeance contre ce modèle incapable…

Cette faiblesse dont témoigne l’échec entraîne de la part du père un rejet et entretient alors une relation homosexuelle masochique avec lui tout en protégeant contre une relation d’amour trop intense, directe et angoissante. Le succès représente un risque de séduction virile du père et l’angoisse de soumettre celui-ci réduit au rôle passif (féminin).

 

Le rapport à la mère

Le bénéfice libidinal provoqué par l’échec se retrouve dans la relation à la mère. La castration ramène au niveau du petit enfant, protégé, bien aimé, a qui l’on passe et pardonne tout.

Dans les cas névrotiques, l’échec traduit une défense contre les exigences fantasmatiques maternelles ; échouer c’est rester soi-même, conserver son identité en ne devenant pas l’objet, le phallus maternel, et instaurer à la place un jeu de castration de la mère (la punition par l’échec).

Lorsque la mère encourage le succès, le sujet l’entend comme un encouragement à être plus fort que le père, confirmation de sa prééminence par rapport à ce dernier.  La mère qui rend plus fort que le père s’affirme simultanément protectrice, destructrice et castratrice.

 

L’échec et l’exhibitionnisme

Le désir de se mettre en avant, de se faire voir et admirer est alors vécu comme coupable, dangereux, contenant en germe de douloureuses frustrations et blessures narcissiques, la peur d’être vu s’ancre au niveau prégénital dans l’angoisse d’être pénétré au plus intime de soi.

Par exemple dans un oral d’un concours, l’échec se manifeste dès l’écrit pour éviter l’angoisse insupportable de l’oral. L’échec empêche de s’exhiber.

L’exhibitionnisme de l’échec démontre qu’on ne possède rien ; puisqu’on n’a rien de mal à cacher, il est permis de se montrer. L’exhibition de l’échec favorise ainsi l’exhibition tout court.

Gérard-Yves Cathelin – 2010

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Gérard-Yves Cathelin
Psychanalyste, addictologue et psychothérapeute à Château Thierry (02) et La Ferté-sous-Jouarre (77)

 

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