Psychothérapeute – Addictologue – Gérard Yves Cathelin à Château Thierry (02) & La Ferté-sous-Jouarre (77)

L’alcool sous un versant psychanalytique

L’alcool sous un versant psychanalytique

Dans Addictologie

Le fantasme représente la grammaire copulatoire ou le verbe  produit le sujet, quant au fantasme originaire il intervient quand la  conjugaison répétitive de l’alcoolisation dévoile ses occurrences, l’alcool exprime un séisme pulsionnel qui vise au démembrement de celui qui boit, rite oral sadique, maïeutique polymorphe d’images insistantes qui fixe la libido autour de l’alcool.

Boire devient un rituel heuristique de liberté illusoire, imprescriptible, logique de la sémiosis ou l’illimitation du sens  dans un consensus communautaire.

L’ivresse devient le prix à payer pour une sublimatoire communautaire, communauté qui est un lieu de confinement, de solitude, de réclusion, qui projette dans l’espace la métaphore de l’oppression.

La personnalité alcoolique n’a plus d’objet sexué autre que l’éthanol, l’individu n’est plus que trace, illusion de lui-même.

L’alcool, adjuvant, métaphore sexuel, aphrodisiaque comme injection libidinale déplacée, violence de la pulsion, trope du désir, sublimatoire  remplacement de l’orgasme.

Il fait retour, cet alcool, à l’animalité, il permet d’exonérer les fautes, la culpabilité, il est alors princeps oral de la pulsion d’emprise.

Cette animalité alcoolique négativise le sujet,  la conscience, les relations charnelles sont oralisées.

La communauté alcoolique ne serait-elle pas l’illusion d’une Arcadie heureuse d’avant la chute, un Eden biblique ou  un Elysée Païen ? L’alcool servirait de purification d’un désir extatique.

Mais aussi boire sert à cacher l’essentiel, a vivre dans le superflu pour mieux taire l’essentiel : la disqualification de la relation.

Cette disqualification s’effectue autour de la représentation féminine, annulation ou réappropriation maternelle, recherche ou repoussoir de cette dernière, mère, femme mortifères.

Alcoolisation pour lutter contre la crainte panique de l’investissement libidinal, elle se borne à fixer la genèse du masculin dans sa négation. La femme quant à elle est survalorisée, sur virilisée, femme métaphysique.

L’homme alcoolique est en quête d’un amour étayage, choix transférentiel ou le narcissisme se déplace du sujet vers l’objet alcool,  l’homme est alors en quête de se prendre lui-même comme objet d’amour.

Cette surestimation du moi n’est qu’une stase de la libido, une érotisation des organes, boisson fixative contrepoint vraisemblable de la sur dimension sexuelle. Boire pour garantir le privilège du phallus, le désir s’efface devant l’éthanol.

 

 

Cette proscynèse montre l’inacceptable de la condition de vie, le rituel occasionnel de la personnalité alcoolique devient obsessionnel, répétition compulsive d’une recherche de position dominante perdue, aliénation ou la  femme est exclue, la proscynèse à l’Ethanol montre un cérémoniel univoque ou les hommes sont entr’eux.

N’y  a t-il pas aussi recherche de la Loi du Père ? , l’alcoolisation abolit la loi du langage, du lignage, du cogito, elle n’est que violence compulsive ou s’aliène dans la prise d ‘alcool, l’illusion de la liberté.

La répétition de l’alcoolisation fonctionne par frayage (dépense, économie) le  sujet est dans la tentative d’oubli du passé de l’inconscient, mais aussi en quête de l’objet perdu qui ne se retrouve pas, l’alcool en devient son substitut, l’alcoolisme est alors un élément de rumination. Impératif ruminatoire  comme rituel compulsif vécu sous l’angle d’un fantasme hypnotique, d’un ressassement continu.

La récurrence de l’alcool est un désir de jouissance, jouissance pulsionnelle, pulsion d’Emprise du sujet.

L’alcoolisation trahit la véracité de la Pulsion de Mort, mais aussi où l’énergie libidinale et la problématique ont du mal à co exister.

Ce deixis de la souffrance, comme contenu manifeste, de révélation de la perte, désir apodictique.

Ce phora est alors répertoire expressif de souffrances masochistes ou l’objet alcool se dévoile comme substitut de l’objet d’amour. L’Ethanol devient tuteur de concept, vecteur de l’affect, il s’inscrit dans une économie libidinale, de quête affective maternelle, mais aussi geste auto punitif entre verdict et exécution (châtier le mal, et châtrer le mâle)

L’alcool se change en rite thaumaturge ou triomphe l’idée sacrale d’une ovation d’hommes pour des hommes.

Alcool contre cette figure négative de la féminité, qui n’est autre qu’une version d’une misogynie extrême et retournement contre soi d’un geste castrateur.

On peut déceler un homme infantile face à une femme sur virilisée pourvue de phallus ; l’homme dans l’alcoolisation est dans un désir de recherche phallique, recherche de l’appropriation de ce que l’individu n’a  plus.

L’homme alcoolo dépendant est réduit à la servitude ou l’esclavage. L’Ethanol est mis en statut dominateur, il produit un renforcement aphrodisiaque artificiel, le narcissisme n’est plus qu’un éros spéculaire dans une tentative de restauration  d’un statut sexuel.

L’individu devient une sorte de SUPERMAN en bouteille qui a pour primat le masculin et pour mépris le féminin.

 

 

L’homme n’a que peu d’alternatives, celui de se soumettre ou se démettre. La femme devient supplétive de la loi, doublure du père ou  de son mari.

L’homme alcoolique est esclave, vaincu devant la domination féminine et maternelle, du refus du père d ‘assurer son phallus. Il n’a plus d’existence autonome, acolyte domestique du couple parental.

Pareil esclavage n’a qu’un remède : la fuite dans l’alcool. Le fils ne détrônera pas le père, il va se borner soit à s’en aller, soit à s’alcooliser.

Fils innocent, père infantile, incestueux, sadique. Dans les phrases parentales vers le fils «tu n’es rien », il y a la menace d’une fin subite : LE NEANT, mais aussi silence du langage remplacé  par le vin, vide ineffable, péjoratif, négatif de l’ETRE.

L’alcoolisation devient alors un mouvement transgressif de l’excès perpétuel, violence inconsciente répétitive qui distribue le sujet en trois schèmes pulsionnels : La PULSION d’EMPRISE, (tentative de domination de l’environnement) D’AGRESSION  (ne pas reconnaître LA VIE HORS ALCOOL) et la Pulsion DE MORT (détruire l’univers familial, se détruire).

Pulsions qui visent à dominer, accabler, supprimer l’individu.

L’alcoolisation est alors recherche d’anéantissement de soi, de l’autre. Cette violence inconsciente détruit deux fois la personnalité alcoolo dépendante (physiquement, psychiquement).

Elle est alors absolue de la perversion, comme moyen de se détruire, mais aussi de détruire l ‘environnement familial, parental, quête d’alcool comme quête incessante de l’excès pulsionnel ou se manifeste l’illimitation du désir de puissance, mais aussi alcoolisation comme procédé empirique d’effacer les traces d’un crime.

Crime d’être né, non inscrit dans le lignage, l’alcool devient la métaphore de remords punitifs envers la parentalité (désir du meurtre parental).Alcoolisation pour empêcher un rêve inassouvi, l’acte inachevé geste indicible du parricide, du désir incestueux. Alcoolisation comme glissement d’une souffrance de ne pouvoir accéder à la génitalité, l’alcool devient une souffrance que l’on s’impose, celle que l’on s’inflige «se détruire », mais aussi marque d’un travail de deuil non accompli : Travail de deuil de la non-possession maternelle.

La mère incarne les valeurs œdipiennes, le père est lui absent.

Cette hypertrophie maternelle déplace le désir égotique du sujet dans un retournement pulsionnel, qui s’inscrit dans le portrait de la personnalité alcoolique.

Hébétude, torpeur, abattement, asthénie, le sujet n’existe plus. La personnalité alcoolo dépendante cesse d’exister sous nos yeux, algolagnie morale qui s’égare dans un tourbillon polymorphe  ou l’esprit se dissout dans le vin, ou l’excès d’alcool crée le vide.

 

 

La jouissance «alcoolique » est menace de destruction, dépression, aliénation du sujet dans une délectation morose, mais aussi auto érotisme de l’impuissance, l’individu est dans le registre de devenir chose (dénégation de soi) le sujet est ivre de soi-même, il se noie dans son propre narcissisme.

Le JE  ne se trouve nulle part, il n’a pas de propriétaire, il y a processus de clivage du sujet, avec refus du réel type psychotique, césure de la raison, fissure du Moi.

La personne qui expérimente l’alcool, nie son être, négation qui s’inscrit dans la tension du corps. D’actif le sujet devient passif, alcool aussi comme symptôme rebelle du déni de la castration.

La personnalité alcoolo dépendante est aveugle de sa propre position masochiste, destructrice, refus de son être.

Il va lutter contre la souffrance, le trauma de la parentalité, mais aussi contre une protestation de l’abandon, de l’absence d’étayage, jeu pervers pour devenir anonyme, double dénégation de l’identité personnelle et de la sexualité.

L’alcool ligote le désir dans une désarticulation du psychisme et de l’organisme et agence l’émotionnel qui réprime le plaisir, le désir d’être.

L’alcool rive le corps du sujet à sa propre loi, il assujettit l’homme  au rang de demandeur d’alcool.

L’individu n’a plus aucune alternative, il faut se défaire à titre définitif de ce poison pour se faire un corps sans alcool.

S’il ne combat pas l’ennemi alcool, ce dernier va traîner l’homme dans son réseau carcéral de destruction organique.

Si l’homme ne s’abstient pas de boire, il est mort, vide d’organe, d’espace, de cogito, de désir, le sujet suicide son organisme.

L’ennemi que l’on a c’est nous-mêmes, notre double.

La question est de réussir à se passer définitivement d’alcool, le challenge est de reconstituer un corps sans Ethanol, de retrouver le désir.

Il est souhaitable pour l’individu de quitter la douleur, d’avoir un  truchement cathartique de l’humiliation  profonde, pour retrouver ses organes, redevenir propriétaire de son être, de ses désirs et ne plus rester dans l’indéterminisme identitaire. Le fantasme représente la grammaire copulatoire ou le verbe  produit le sujet, quant au fantasme originaire il intervient quand la  conjugaison répétitive de l’alcoolisation dévoile ses occurrences, l’alcool exprime un séisme pulsionnel qui vise au démembrement de celui qui boit, rite oral sadique, maïeutique polymorphe d’images insistantes qui fixe la libido autour de l’alcool.

 

Gérard-Yves CATHELIN

(article paru dans la revue ACTUA PSY  N°106)

 

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Gérard-Yves Cathelin
Psychanalyste, addictologue et psychothérapeute à Château Thierry (02) et La Ferté-sous-Jouarre (77)

 

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